Les Américains, le je, le nous. Tentative de démêlage

De mes cours d’histoire en France, j’avais retenu des Etats-Unis la chasse aux sorcières et le Maccarthysme. Des films hollywoodiens, j’avais cru comprendre que les Etats-Unis sont, par définition, le pays de l’individualisme où chacun-chacune peut devenir ce qu’il (elle) souhaite réellement devenir. Puis, j’ai débarqué aux Etats-Unis et ai découvert leur penchant sur le collectivisme forcené. On m’avait donc caché que les laveries collectives étaient quasiment la norme dans les immeubles ici. Et que les clés de mon appartement seraient accessibles au syndic – qui ne se prive pas de les utiliser, d’ailleurs. Depuis quand entre-t-on dans mon appart comme dans un moulin en mon absence ? On m’aurait donc menti ?! Au pays de l’épanouissement individuel, le « nous » serait-il donc plus important que le « je » ? Qu’est-ce donc ?

En débarquant au pays de l’oncle Sam, j’ai été suprise par l’importance de la communauté pour les Américain. Et le sens de communauté est assez flexible aux Etats-Unis – ou tout du moins, de ce que j’en ai vu. Ca peut être une communauté de quartier, d’université, de salle de sports, … peu importe. Ces communautés et le sentiment d’y appartenir semblent le ciment de la société américaine. Par sens de la communauté, pour embellir un lieu de vie partagé, des rond-points sont transformés en jardins fleuris. Des actions, qui vont du ramassage des déchâts au don du sang en passant par des dons aux banques alimentaires locales, sont régulièrement organisées pour « rendre à la communauté ». De manière plus large, le volontariat est encouragé est valorisé : enseigner le hockey à des enfants est un bon moyen pour un ado trop jeune pour travailler légalement de montrer son engagement envers sa communauté et d’étoffer son CV en vue de future candidatures à des bourses d’études dans des universités. Je prends ici, tout à fait par hasard (j’insiste là-dessus), l’exemple du hockey. Mais je suis sûre que vous pouvez remplacer par n’importe quelle activité : football (américain, j’entends), baseball, pêche à la mouche et chasse aux papillons inclus. Idem pour les pompiers volontaires.

Comme ce n’est pas le genre de la maison de parler de sujets dont j’ignore tout, je suis allée « rendre à la communauté », sous plusieurs formes, l’activité la plus originale ayant sans doute consister à poncer avec une quinzaine d’autres personnes un bateau historique. L’importance que donne les Américains au fait de « give back« , c’est-à-dire rendre à la communauté, a ses avantages. Le volontariat sur des actions extrêmement ponctuelles et spécifiques permet de rencontrer des personnes partageant des centres d’intérêts similaires, donc potentiellement des connaissances. Le fait d’intervenir sur un périmètre géographique extrêmement limité donne un sentiment d’appropriation et de familiarité. Enfin, pour ceux qui rendre à la communauté sous forme de dons, que ce soit de l’argent ou des biens, la destination de leurs dons est clairement identifiée. Bon, au passage, on pourrait se poser la question du rôle de la puissance publique et des limites de l’action des citoyens. On ne se la posera pas ici.

Dans un pays historiquement protestant, l’oscillation entre l’importance de la réussite individuelle et l’ancrage dans une communauté n’est en soi pas vraiment surprenant. En revanche, ce qui m’a plus surpris est l’importance qu’attribuent les Américains à leurs communautés d’appartenance pour définir leur identité. Alors que les Allemands se définissent pas leur village d’origine, les Américains se définissent par les communautés auxquelles ils appartiennent. Sans vouloir faire de l’anthropologie de comptoir, cela nous renvoie à la question de la norme, qui est assez puissante ici. Car s’il y a appartenance à un groupe d’humains, il y a aussi l’exclusion de ce groupe, ce qui se traduisait par la mise au ban de la communauté ou le retrait du droit de vote dans certaines réunions chez les Quakers. Au pays de l’ « égoïsme rationel », pour reprendre le concept d’Ayn Rand, la prescription des comportements et de la manière de pensée semble tourner à plein régime. Il semble ressortir de la société une polarisation forte qui se traduit par un fonctionnement assez binaire où les tenants du « bien » et du « mal » s’opposent, chaque communauté s’excluant mutuellement.

Contradictoires, les Américains ?

2 réflexions sur “Les Américains, le je, le nous. Tentative de démêlage

  1. Merci Cloclo pour tes entrées de blog, et un petit bonjour de Palm Springs ! Première fois sur la Côte Ouest pour moi aux fins de visite familiale, et je partage ton avis : par rapport au Japon qui incarne de son côté un apanage de priorité au groupe sur l’individu, je trouve que les Américains qu’on rencontre dans la rue sont beaucoup plus communicatifs et versés dans le care. Au Japon aussi d’ailleurs, faire partie d’une association bénévole est important.

    En plus des facteurs que tu as cités, je pense aussi à la fonction de compensation sociale du tissu des ONG, dans des pays à Welfare state faible ou incomplet, cas du Japon. Connais-tu par ailleurs l’ouvrage de Nina Eliasoph, l’Evitement du Politique ?

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    1. Sophie, merci de ton commentaire et de lire ce blog. Oui, tu as tout a fait raison : les associations sont essentielles pour assurer un filet de protection social dans un contexte où l’Etat-providence est doté de compétences plutôt restreintes. Merci pour la recommandation du livre qui semble excellent ; je le lirai avec intérêt. Bonnes vacances à Palm Springs !

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