En cette période de préparation acharnée de crêpes, ayant limé ma cervelle dans toutes les directions pour trouver un sujet de billet pour cette semaine, je suis arrivée à la conclusion que je voulais vous entretenir sur la délicate question de la préparation de crêpes aux Etats-Unis – enfin, plus particulièrement la substantifique moelle des crêpes, à savoir le lait et les oeufs aux Etats-Unis (n’ouvrons pas ici le débat des crêpes à l’eau et des crêpes au lait). Les différences alimentaires entre la France et les Etats-Unis sont un marronnier des blogs d’expats. Cependant, soyons franc, s’expatrier, c’est aussi devoir réapprendre à faire ses courses dans un supermarché, c’est passer trois heures dans un magasin pour en ressortir avec 10 produits, c’est passer des heures à contempler un rayon sans trop savoir quel boîte choisir, en prendre une au hasard, s’apercevoir que ce n’est pas ce qu’on cherchait et recommencer la semaine suivante.
Bref, le lait et les oeufs aux Etats-Unis.
Première différence flagrante avec l’Europe, ces deux produits se trouvent dans les rayons frais des supermarchés. Le Département américain pour l’Agriculture – le USDA – qui est en charge de mettre en oeuvre les politiques fédérales agricoles, alimentaires et forestières, impose que les oeufs soient lavés et réfrigérés avant d’être vendus. Cette manière de procéder a été mise en place par les autorités américaines dans le même but que les autorités françaises qui recommendent de ne pas laver les oeufs. Dans les deux cas, il s’agit d’éviter la salmonellose. Il est difficile de tracer si le (non-)lavage des oeufs est efficace sur le plan sanitaire comme les cas de salmonellose sont reportés de manière différente selon les pays mais les experts s’accordent pour dire que les deux méthodes produisent des résultats identiques. La différence majeure entre les deux méthodes est la durée de conservation. Alors que les oeufs européens non-lavés se conservent environ 21 jours, les oeufs américains peuvent se conserver une cinquantaine de jours. Autre détail observable dans les supermarchés américains : à la différence de l’Europe, les oeufs les plus courants ici sont blancs. Les oeufs bruns sont vendus partout mais apparaissent plutôt comme l’exception.
Bref, nous avons nos oeufs pour nos crêpes. Passons au lait. Là aussi, le lait se trouve au rayon frais. Si le lait est vendu frais ici, c’est à nouveau pour une raison technique : la pasteurisation éclair est utilisée aux Etats-Unis, ce qui nécessite de conserver le lait au réfrigérateur. Le lait UHT est bien sûr connu aux Etats-Unis mais extrêmement peu répandu. Le non-succès du lait UHT s’explique par sa saveur légèrement différente ; les Américains semblent préférer la saveur du lait froid. En outre, il existe aux Etats-Unis une croyance culturelle forte selon laquelle le lait doit être réfrigéré. Ajoutez à tout ça que les frigos américains sont en général très grands : les Américains peuvent donc réfrigérer leurs gallons de lait sans compter.

De nombreux arguments semblent en faveur du lait UHT : en supprimant les besoins de réfrigération, la conservation devient moins énergivore, contribuant à potentiellement baisser le prix du produit. Paradoxalement, ce sont les laits d’amande et de soja qui contribuent à lentement mais sûrement faire accepter l’idée aux consommateurs que du lait peut ne pas être réfrigéré. Les habitudes des consommateurs sont cependant pour le moment relativement immuables et le lait de vache continue de se trouver au rayon frais.
