Bonjour à tous,
Ce billet est le premier depuis de longs mois. Je n’avais ni planifié ni anticipé ce hiatus. Plusieurs raisons expliquent ce silence ; la raison principale étant liée à mes interrogations sur la valeur ajoutée des billets de ce blog.
J’ai commencé ce blog après un « tremblement de vie », comme ils disent, ces forces explosives de changement. A ce moment-là, la mort avait surgi par interposition dans ma vie, bondissant brutalement pour me confronter, sans aucune mise à distance possible, à la non-linéarité de la vie. J’entrais alors de manière fulgurante et brutale dans une période de transition, sans en mesurer, sur le coup, sa magnitude. Le neurologue Oliver Sacks avait soulevé que chacun de nous construit et vit selon un narratif de vie, qui devient nous. Avoir l’expérience d’un « tremblement de vie » devient un pivot qui amène à réécrire ce narratif individuel. Sans m’en rendre compte sur le moment, l’écriture de ce blog a eu une vertu quasi-thérapeutique en accompagnant et contribuant à mettre en mouvement l’acte de donner du sens. Ce blog a été un des moyens que j’ai inconsciemment utilisé pour me reconnecter et me reconstruire. Quand cette transition de vie s’est achevée et que j’ai pu analyser les événements avec plus de distance, je me suis posée la question du devenir de ce blog. Le médecin et biologiste Henri Atlan a défini la vie comme l’ensemble des fonctions capables d’utiliser la mort. Henri Atlan explique la vie comme ce qui existe dans cet espace entre la solidité du cristal et le renouvellement par la fumée. En rapportant mon histoire singulière, qui s’inscrit dans l’universel humain et le quotidien de ceux qui vivent loin de la terre qu’ils appellent « maison », ce blog est venu comme une ôde à la vie, remplir, entre rigidité et fumée, cet espace qui est vie.
Ayant plus de recul, et maintenant un autre regard, sur ce blog, je me suis interrogée sur sa pertinence. Après six ans aux Etats-Unis, ce qui faisait le charme de la nouveauté et de la découverte est devenu routine. Face à l’étendue des Etats-Unis, mon expérience singulière, et somme toute très limitée, me semblait bien dérisoire. Je me suis donc demandée si mes élucubrations sur mon amour des burgers intéressaient franchement quelqu’un et quelle était la valeur ajoutée de ces billets.
Réflexion faite, j’écris par affection pour les Etats-Unis. Je suis venue dans ce pays car j’y avais obtenu un emploi. Sans m’y attendre, le rêve américain a grandi en moi. J’ai été subjugée par la profondeur du ciel étoilé au milieu des déserts, la terre rouge de l’Utah, les rodéos du Wyoming, les habitations éparses du Kansas, le rythme trépignant de New York, l’amitié de mes hôtes en Pennsylvanie, la camaraderie sur les bancs de patinoire, la mentalité des habitants, à qui tout semble être possible. Ces expériences dressent, chacune à leur manière, un tableau de ce que sont les Etats-Unis, ce pays vaste, complexe, varié, qui se comprend dans ses nuances.
Salomon, le roi de Jérusalem, énonçait, dans sa traduction littérale, « Buée des buées, tout est buée ». Tout dans ce monde serait alors fragile, éphémère, le présent disparaît avant même d’avoir pu être raconté. L’humain faillible laisse cependant des traces. Ce blog a donc été, depuis le début, une ôde à la vie, à une vie vécue, à l’exploration et au partage d’expérience. Et ce blog continuera dans cet esprit.
Merci de votre patience. Et à bientôt pour un prochain billet.
« Un rêve est comme une rivière / Toujours en train de changer à mesure que ça coule / Et le rêveur n’est qu’un vaisseau / Cela doit suivre où ça va / … / Et je ne sais jamais ce qui nous attend »
