Un des derniers points d’arrêt en Alaska et sans doute le plus marquant fut Sitka, qui, avec une superficie totale de plus de 12 000 km2 est la ville la plus grande des Etats-Unis. Uniquement accessible par voie aérienne ou maritime, Sitka est une de ses villes joyaux a priori relativement rares aux Etats-Unis. Arriver à Sitka revient à faire une plongée dans l’histoire relativement méconnue de la Russie en Amérique.








Avant le XVIIIème siècle, ce qui est aujourd’hui la ville de Sitka était habitée par les Tlingits, un peuple autochtones d’Alaska du Sud-Est. La société Tlingit était organisée en des tribus et était basée sur un système matrilinéaire. La langue tlingit continue aujourd’hui de fasciner les linguistes en raison de la complexité de la langue et la présence de phonèmes uniques. Les Tlingits utilisaient des casques-heaumes dans leurs danses ainsi qu’au combat. Ils sculptaient également des totems qui narraient l’histoire d’une famille ou une légende.




A la fin du XVIIIème siècle, alors que le Tsar Paul I régnait sur l’Empire russe, le marchand russe Alexandre Baranov arriva à Sitka, envoyé par la Compagnie russe-américaine, une compagnie russe de commerce semi-étatique. Après plusieurs tentatives, les Russes vainquirent les Tlingits et établirent à Sitka une colonie permanente. En 1808, Sitka fut désignée comme capitale de la Russie américaine. De la présence russe à Sitka, on peut retenir le travail d’Innocent de Moscou (étonnament connu sous le nom d’ « Innocent d’Alaska » en anglais), un prêtre orthodoxe envoyé à Sitka (et canonisé par la suite). Missionnaire en Alaska, Innocent apprit la langue des Aléoutes, un autre peuple autochtone, et traduisit un cathéchisme et les prières les plus importantes.
La présence russe façonna la ville de Sitka. La cathédrale de Saint Michel, placée au centre de la ville, fut construite en 1848 et devint le siègle d’un évêché de l’Eglise orthodoxe. La cathédrale demeure aujourd’hui encore un lieu clé de la ville.




La destinée de Sitka changea du tout au tout en 1867. Suite à sa défaite lors de la Guerre de Crimée en 1865, l’Empire russe rencontrait des difficultés économiques et décida de vendre l’Alaska avant que ce dernier ne soit conquis par une autre puissance. Le Secrétaire d’Etat américain William Seward voyait dans l’Alaska la possibilité d’étendre les Etats-Unis sur la côte pacifique. Malgré les critiques vives de ses contemporains qui ne voyaient dans cette idée que de la folie, William Seward mis en oeuvre son projet et acheta l’Alaska pour 7,2 million de dollars, soit 125 million de dollars à l’heure actuelle.

Au début du XXème siècle, la ville de Sitka perdait en importance et d’autres villes de l’Etat, situées sur le tracé de la ruée vers l’or, gagnaient en attractivité. Pour cette raison, en 1906, le gouvernement fédéral transféra la capitale de l’Etat d’Alaska de Sitka à Juneau. Egalement en 1906, la mémoire des Tiglits fut honorée par la création de la forêt des totems, dans laquelle des totems ancestraux sont présentés.
Aujourd’hui, quasiment 20 % de la population de Sitka vit de la pêche. Le port de Sitka est classé sixième des Etats-Unis en terme de valeurs des marchandises pêchées. Sitka continue de célébrer son histoire singulière en regardant vers l’avenir.
