Le masculin, le féminin

On se souvient tous de la scène mythique de Downton Abbey lorsque Robert conseille à Mary de partir aux Etats-Unis, d’y trouver un cowboy du Middle West et de le ramener pour secouer le monde. Si l’image du cowboy américain fascine en Europe, elle est assez révélatrice d’une société américaine vouant un culte important à la masculinité. Depuis que je suis ici, j’étais intriguée par les rôles féminins et masculins qui me semblaient être prescrits par les normes sociales. Je me suis donc renseignée.

L’image de la masculinité américaine a été construite après la Seconde guerre mondiale. Dans les années 1940, l’homme était fort, courageux et avait démontré ses qualités en rejoignant le front en Europe. Les hommes se devaient d’être agressifs et compétiteurs. Aujourd’hui, la société américaine, obnubilée par la compétition et les performances physiques, continue d’idolâtrer l’homme à la réussite professionnelle – et financière – vertigineuse qui passe ses dimanches à coacher des équipes de sport, faire des barbecues et réparer la maison familiale. Les hommes sont censés être forts, assurer les revenus du foyer et protéger ledit foyer de tout. La glorification de la masculinité se retrouve aussi sur le terrain politique : l’hypermasculinité affichée de Trump et ses messages machos ayant contribués à son succès politique.

Des voix proéminentes de lèvent pour dénoncer la « masculinité toxique » qui gangrène la société américaine. Pourtant, les rôles genrés sont régulièrement renforcés. Ainsi, aux Etats-Unis, 59 % des hommes âgés de 18 à 30 ans considèrent qu’un homme doit agir avec force même s’il a peur. On notera aussi au passage que 46 % des mêmes hommes considèrent qu’un homme mérite de savoir en permanence où se trouve sa petite amie ou son épouse. De l’autre côté, 52 % des femmes considèrent qu’il est important de se présenter de manière féminine.

Des enquêtes plus larges confirment les attentes différentes de la société envers les hommes et les femmes. Le graphique ci-dessous présente la perception des « points de pression » de la société envers les hommes et les femmes. Les hommes subissent la pression de financer leur famille et d’avoir une belle carrière. Les femmes, au contraire, se retrouvent à subir une pression quant à leur niveau d’implication comme parent et surtout d’être attractives physiquement.

Source : Pew Research Center, 2017.

La société américaine attend des femmes d’être belles, nourricières et petre pétrie d’empathie. Les hommes doivent eux avoir une morale, du leadership et du succès. Le graphique ci-dessous met en évidence à quel point les mots sont associés positivement ou négativement aux femmes (en jaune) et aux hommes (en vert).

Si l’importance de la force et de l’ambition sont des qualités perçues positivement pour les hommes, certains termes sont plus flous. La moitié des sondés considère que l’indépendance est une qualité pour une femme, l’autre moitié associe négativement l’indépendance aux femmes. Idem, un homme attentionné est perçu de manière positive par la moitié des sondés et de manière négative par l’autre moitié.

Vous voilà prévenus si vous souhaiez vous conformer aux normes de genre en Amérique…

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