Je vous parlais l’année dernière de la folie localisée qui s’empare de la ville de Washington, D.C. au printemps. A l’échelle du continent américain, une folie s’empare aussi des foules et celle-ci à une toute autre échelle. C’est le « March Madness« , autrement dit, la folie de mars. Et la cause de cette folie est du basket-ball et plus particulièrement le Championnat NCAA de basket-ball. La NCAA est la National Collegiate Athletic Association est une association sportive américaine organisant les programmes sportifs des universités américaines. Seul le Super Bowl dépasse en popularité le championnat de basket-ball. C’est dire !
La March Madness est en fait le tournoi national de fin de saison. Ce tournoi regroupe 68 équipes qui s’affrontent par un système délimination directe – vous perdez un match, vous êtes dehors. Il existe aussi un March madness pour le basket-ball féminin, mais comme souvent dans le sport, cette compétition reçoit moins d’écho dans la presse. Le Chamionnat masculin a démarré en 1939 avec huit équipes. Le terme de « folie de mars » ne sera associé au championnat qu’en 1982.
La folie de mars est absolument fascinante à regarder car elle nous offre une plongée dans l’Amérique : il y a des joueurs et les coachs, qui s’embrassent ou pleurent en fonction des résultats, il y a des pompom girls, les fanfares des universités. Vous pouvez écouter l’hymne officiel de la compétition et voir les joueurs et pompom girls dans la vidéo ci-dessous :
Mais venons en aux faits ! L’essentiel du championnat :
1. Plus de 10 000 personnes assistent aux matchs. La transmission télévisée captive le pays. Selon l’Internet, source fiable devant l’Eternel, il est estimé que la perte de productivité des employés à cause du March Madness coûte 1,9 milliard aux entreprises.
2. Les commandes de pizza augmentent de 19 % pendant les trois semaines du March Madness.
3. Le match le plus regardé a été celui opposant des équipes de l’Indiana et du Michigan en 1979. Plus de 35 millions de spectateurs ont regardé ce match.
4. EN 2018, les chaînes de télévision principales ont vendu la diffusion de spots publicitaires pour plus d’un milliard. A titre de comparaison, les spots publicitaires pendant les séries éliminatoires de la Coupe Stanley ont rapporté 145 millions (le choix du point de comparaison est tout à fait un hasard). Vous serez d’ailleurs par la même occasion ravis d’apprendre que les trois annonceurs les plus importants pendant cette compétition sont AT&T, General Motors et Coca-Cola.
5. Il est estimé que chaque année 45 millions de personnes, soit 17 % des adultes, parient sur les résultats du championnat, ce qui reprèsente 3 milliards de dollars.
Le très sérieux Economist s’est penché sur la question du pourquoi du comment de la folie de mars. Les raisons avancées sont que (i) le baskest est un sport facile à comprendre et à suivre, (ii) le championnat est concentré sur 3 semaines, donc il est facile de retenir l’attention du public sur une si courte période, et surtout car (iii) le championnat émule une saine compétition entre amis, collègues et famille. Les résultats du championnat sont difficiles à prédire. Soit-disant qu’un novice complet a autant de chance qu’un connaisseur aguerri de prédire correctement le vainqueur (soit-disant). Jusqu’à présent, personne ne semble avoir réussi à prédire tous les résultats. La convivialité résultant de cette compétition amicale semble expliquer au moins une partie de la folie de mars. La tradition de prédire les résultats est une institution ; le Président Obama lui-même publie tous les ans ses estimations pour les résultats des Championnats masculin (et féminin) :

Au final, ce qui plaît aux Américains est peut-être le retour aux années universitaires que permet le March Madness et le fait qu’au final, toutes les équipes ont une chance. Vous aussi, laissez-vous tenter :
