Il y a à peu près un an, je publiais sur ce blog mon premier billet sur le hockey. Je vous narrais alors avec enthousiasme que j’avais découvert que le hockey sur glace se jouait sur, justement, de la glace et que c’était le meilleur sport du monde. La découverte du hockey a été à ma vie ce que l’invention de l’imprimerie a été à la diffusion des savoirs. Faisons donc le bilan, un an après, des conséquences induites par l’arrivée inattendue et fracassante de ce sport dans ma vie.
Peu de temps après avoir lu sur Wikipedia ce qu’était le hockey et regardé mes premiers matchs, il a fallu que je me lance dans l’épopée de l’apprentissage du hockey. Le hockey sur glace est soit-disant considéré comme le deuxieme sport le plus compliqué à apprendre. Je ne le savais pas. Entre les cours de patinage, ceux de hockey, les pratiques libres et les match improvisés, je passe maintenant au bas mot deux fois par semaine à la patinoire. Si vous comptez le temps d’aller à ladite patinoire et d’en revenir, si vous ajoutez à cela le temps nécessaire pour suivre les résultats de differentes équipes de la Ligue Nationale de Hockey (LNH), vous pourrez en conclure que le hockey m’occupe désormais pour la majorité de mon temps libre. « J’peux pas, j’ai hockey », est donc devenue une excuse tout à fait réelle avec laquelle mes amis, de ma vie avant le hockey, ont dû apprendre à composer.

Par le hockey, j’ai définitivement quitté les cercles sociaux des expats. Pour une raison que j’ignore, les équipes de hockey sont composées dans leur écrasante majorité d’Américains. La sagesse populaire nord-américaine nous apprend qu’un joueur de hockey n’est jamais seul, que son équipe est toujours à proximité. Ce n’est d’ailleurs pas rare d’entendre des joueurs de hockey – même des professionnels, affirmer qu’ils aiment l’esprit de groupe du hockey. Et c’est vrai. Les amitiés formées sur la glace en se battant pour récupérer un palet en caoutchouc sont fortes. Mes cercles sociaux ayant été entièrement remodelés, maintenant, je dois presque activement rechercher la sociabilisation avec des non-Américains. Alors que je fuyais comme la peste (ou presque) les Français installés aux Etats-Unis, je m’inscris maintenant volontairement à des associations de Français en goguette chez l’oncle Sam. Le sport comme vecteur d’intégration sociale, c’est donc vrai, on ne nous avait pas menti.
A force de fréquenter des Américains et des patinoires, mon expérience de la ville américaine a aussi changé. Les lieux que je fréquente sont complètement différents. Alors que je ne quittais jamais le centre-ville, je connais maintenant certaines banlieues plutôt bien. Et je découvre les nécessités du mode de vie américain. Alors que le marché, le vélo et le bus répondaient bien à mes besoins, soudainement je m’aperçois qu’avoir une voiture serait vraiment pratique. Déambuler dans le métro avec un sac de hockey de 10 kg est, disons-le, moyennement pratique. Ceci dit, le sac de hockey permet une sociabilisation sans précédent : entre ceux qui viennent vous parler de leurs jeunes années passées à jouer au hockey, ceux qui disent bonjour juste parce qu’ils trouvent que le hockey est un beau sport et ceux qui discutent des derniers résultats de la LNH, les trajets sont rarement monotones.
Jouer au hockey a aussi contribué à changer mon rapport au temps. Entrer sur une patinoire est le meilleur moyen d’oublier tout ce qui se passe autour. Ne compte que la progression sur un mouvement particulier et le jeu. Les temps de jeu par joueur étant extrêmement court en hockey, la concentration est maximale. Et ce qui importe est réduit au minimum : récupérer le palet et le faire avancer vers le filet de l’adversaire. Au final, le hockey a été pour moi la meilleure manière d’expérimenter l’instant présent, quand le passé n’est plus et le futur n’est pas.
Et, surtout, par le hockey, j’ai été confrontée de première main à l’esprit américain. C’est à dire la mentalité qui trouve tout a fait normal et même encourage d’apprendre de nouvelles choses tout au long de la vie. Des programmes sont conçus pour les adultes débutants et ces programmes sont valorisés. A travers les histoires partagées dans les vestiaire, j’ai appris sur le consumérisme américain, sur le cumul de plusieurs emplois et sur les différences de mentalité entre les Etats. Ça m’a permis de mieux apprendre le pays au contact d’autochtones, sans filtre.
Je n’avais jamais envisagé assister un jour à un match de hockey, encore moins y jouer. Pourtant, il y a un an, mon intuition était juste. Le hockey est le meilleur sport du monde. Et le hockey a littéralement changé ma vie, en la bouleversant totalement. Pour le meilleur.
