Les Amish de Pennsylvanie

Je suis allée chez les Amish. Et ce fut, ma foi, une expérience. Les Amish forme une communauté chrétienne qui s’était installée à Saint-Marie-aux-Mines au XVIIIème siècle. Les Amish ont été expulsés d’Alsace au XVIIIème siècle à la suite d’un édit du roi Louis XIV leur ordonnant de quitter les terres sous son joug. Les Amish, qui tiennent leur nom du fondateur de la communauté, Jakob Amman, se sont donc massivement exilés, notamment aux Etats-Unis, surtout dans l’Ohio, l’Indiana et la Pennsylvanie. Ainsi, aujourd’hui, environ 30 000 Amish vivent en Pennsylvanie.

La commnauté Amish, par son refus de la modernité, semble vivre en-dehors du temps. L’entrée dans le « pays Amish » se remarque d’ailleurs lorsque des chevaux partagent les routes nationales avec les voitures. Cependant, le sceptre d’observance est vaste : alors que certaines familles refusent l’electricité, d’autres l’utilisent. Alors que la majorité des communauté n’utilisent pas de tracteurs, certaines communautés utilisent des tondeuses à gazon, la majorité des communautés ont des toilettes avec des chasses d’eau et quasiment toutes les communautés autorisent l’usage de lampes à pétrole.

Certaines familles Amish, les plus libérales, reçoivent des touristes dans leurs fermes afin de faire découvrir aux citadins le mode de vie Amish. Il y a un côté un peu dérangeant à se retrouver dans une sorte d’écomusée mais, allons bon. Cette ouverture au monde peut être le symptôme de revenus déclinants : n’utilisant pas de techniques modernes, la productivité des fermes Amish est relativement basse, les rendant peu compétitives. Ouvrir ses portes à des touristes permet ainsi de générer des revenus.

Asperges à la ferme Amish.

L’Ordnung est le nom donné à l’ensemble des règles – souvent non-écrites – qui régissent le mode de vie Amish. Ces règles varient en fonction des communautés. Le dénominateur commun est la langue, l’allemand de Pennsylvanie, qui est un dialecte venant du suisse-allemand. Les livres de messe sont rédigés dans cette langue. Les Amish sont chrétiens et refusent le prosélytisme ; la religion étant une partie intégrante de leur vie, les livres de messe sont montrés aux touristes en goguette. L’autre pillier de leur mode de vie est le pacifisme, puisqu’il est dit que les Amish ne se défendent ni physiquement ni même devant les tribunaux. La communauté est le filet de sécurité face à toutes les circonstances de la vie, refusant ainsi les indemnités sociales et les assurances.

Ce qui est le plus frappant est l’importance de la famille. Ainsi, éduquer des enfants est une des fonctions principales de la famille Amish et une bénédiction de Dieu. Les enfants présents lors de la sortie à la ferme étaient couverts d’affection et d’attention. Les enfants sont encouragés à poser des questions et chaque question était reçue par notre hôtesse Amish par la phrase : « c’est une très bonne question ». Cependant, si les enfants Amish sont formés à la vie et formés à leurs futures fonctions relativement tôt, ils ne suivent pas un cursus scolaire classique. En 1972, l’arrêt Wisconsi v. Yoder de la Cour Suprême des Etats-Unis admet que les enfants Amish sont dispensés d’une obligation de scolarité après la 8ème classe, soit après l’âge de 13-14 ans. De nombreux enfants sont scolarisés à domicile (comme c’était le cas dans la famille où notre groupe était reçu) ou dans des écoles Amish et sont formés par leur père ou leur mère aux tâches essentielles qu’ils auront à accomplir en reprenant les terres familiales.

Règles de classe affichées sur un mur.

Les Amish pratiquent le baptême à un âge de pleine conscience ; les adolescents Amish sont libres de ne pas rejoindre la communauté s’ils le souhaitent, même si la majorité reste. Par ailleurs, les Amish n’encouragent pas le prosélytisme. Les Amish ont tous des ancêtres communs. Une des conséquences est la sur-représentation de mutations génétiques dans la communauté Amish, ce qui peut parfois augmenter la sur-mortalité infantile. Alors que les Amish acceptent de participer à des programmes de recherche sur les mutations génétiques, les Amish acceptent ces mutations et leurs conséquences en les considérant comme le « destin ».

Le refus de la technologie des Amish ne les transforme cependant pas de facto en reclus de la société. Des communautés Amish accueillent la cohabitation avec les non-Amish et le débat portés par les Amish sur l’importance de la conscience sociale en fait des électeurs potentiellement à même de pouvoir influencer une élection. Leur importance sur la société des Etats dans lesquels ils résident est plus importante que l’image d’un retour à « La petite maison dans la prairie » à laquelle de nombreux observateurs taquins voudraient les cantonner.

« Souriez, vous êtes en Pennsylvanie. Poursuivez votre bonheur. »

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