Le monde compte aujourd’hui 25 bases actives de lancement de fusées. La plus connue du grand public aux Etats-Unis est le Centre spatial Kennedy à Cap Canaveral. J’y étais et j’ai vu.
Alors, c’est quoi ? En une phrase : le Centre spatial est le Disneyland des passionés par l’espace. Développée dans les années 1960, le Centre spatial Kennedy a servi de base de lancement pour les missions Apollo jusque dans les années 1970. Le Centre a ouvert aux touristes dès 1966 et retrace l’histoire de l’exploration spatiale. Le visiteur peut ainsi déambuler dans le « rocket garden » (le jardin des fusées) où sont présentés les différents type de fusées utilisées par la NASA, dans un bâtiments où des éléments de maquette de la Station Spatiale Internationale sont exposées. Une fusée Saturn V est même exposée dans un autre bâtiment. Amérique oblige, il y a un petit côté Disneyland qui rend l’ensemble assez iconoclaste. Les visiteurs sont ainsi accueillis par une musique entrainante et l’ensemble des expositions exhale la beauté de l’aventure spatiale menée par des héros aux valeurs inspirantes.
A l’époque de la navette spatiale, les lancements étaient réguliers et le Centre drainait régulièrement des foules venues participer au rêve de l’exploration spatiale, faisant ainsi vivre l’économie de la région. Le coup d’arrêt marqué par la fin du programme spatial américain a affecté les hôtels alentours.









Aujourd’hui, les hôteliers et restaurants environnants profitent de la reprise des activités de lancement du Centre avec les départs quasi-hebdomadaires de fusées SpaceX et la perspective d’une reprise des départs de fusées réguliers avec le SLS, le programme de lanceur spatial super-lourd actuellement en cours de développement. C’est d’ailleurs pour le lancement dudit SLS, SLS qui n’a pas décollé ce jour-là d’ailleurs, que toute une foule de touristes a convergé vers la Floride. A proximité du Centre spatial, tout le monde parlait du décollage de la fusée. La star du jour au supermarché était indubitablement une employée de la NASA, au statut attesté par son tee-shirt et son badge. Son plan de courses était sans cesse interrompu par des questions ou demande de commentaires sur le lancement de la fusée. Espionnant sa conversation avec la caissière, j’ai appris que le lancement était sûr à 80% – cependant, il n’y avait pas de quoi casser trois pattes à un canard avec cette information ; la presse nationale annonçait 70 % de chance. Alors que les chasseurs de fusées affluaient massivement pour assister au quasi-lancement du siècle, les locaux, blasés, élaboraient des plans pour fuir (« dès que tu entends le décollage, mets-toi en route »).
Mais qui sont les chasseurs de fusées ? Les profils sont variés. Il y a Mary-Kate du Texas, venue avec son fils, qui travaille à la NASA sur la prochaine mission d’Artemis, sa belle-fille et les parents de cette dernière. Il y avait aussi une femme en « vacances post-divorce », vacances apparemment libératrices, qui profitait du meilleur de la vie en Floride. Il y avait aussi un passionné d’exploration spatiale venu de Detroit dans sa voiture taggée de mots-clés en lien avec l’espace qui donnait des cours magistraux sur les différentes missions spatiales à qui voulait l’écouter. Des passionnés étaient venus de loin pour assister au décollage d’Artemis, tous portés par la fascination des promesses que la conquête spatiale porte en elle. Il y avait ainsi un photographe amateur venu de Californie, un père et son fils, venus d’Hawai, un vigneron suisse, des Belges venus spécialement pour l’occasion.

A quoi les reconnait-on ? Le chasseur de fusée est assez simple à repérer, son attirail est similaire à la plage et sur les lieux d’observation du départ des fusées. Le tee-shirt est le premier élément distinctif : il y a ceux qui arbore fièrement un tee-shirt de la NASA, alors que d’autres préfèrent afficher le slogan « Occupy Mars ». Cependant, pas de guerre de tranchées sur ce point : les deux camps sont en paix l’un vis-à-vis de l’autre. Le chasseur de fusée est inséparable de son téléphone portable qui lui permet d’estimer aussi bien que possible le meilleur angle d’observation en fonction des pas de tir de la fusée (il y en a plusieurs sur la base de Cape Canaveral. Artemis devait partir du pas de tir 39, SpaceX du pas de tir 40). L’autre marqueur du chasseur de fusée est la présence d’appareils photos avec téléobjectifs, trépieds et jumelles pour immortaliser le moment.

Que disent-les chasseurs de fusées ?
Pour Artemis, avant la première tentative : « C’est avec cette fusée que la NASA va envoyer la première femme et la première personne de couleur sur la Lune », « On est venu pour que les enfants assistent à ce moment historique ».
Pour Artemis, à la deuxième tentative : « Je leur souhaite de réussir mais, à mon avis, ils ne vont pas lancer la fusee », « l’annulation de la dette des étudiants est une erreur », « je ne sais pas si la fusée va décoller », « le profil sonore d’Artemis est de 40 miles, donc vous le sentirez », « enfin, si la fusée décolle aujourd’hui », « ça sent l’annulation, ça ».
Lors du lancement du Falcon 9 de SpaceX : « La fusée est sur une trajectoire Nord-Est, donc on est au meilleur spot », « Le vent se lève, je suis inquiet qu’une tempête puisse faire annuler le tir », « Le site du Kennedy Center annonce le tir à 20h32 mais SpaceX parle de 22h09 », «Ce sera 22h09 car c’est leur fenêtre pour atteindre l’orbite », « Les conditions météo sont fantastiques ce soir »
Et les chasseurs de fusées avaient raison. Ce soir là, la fusée de SpaceX est partie. Le lancement du SLS a été reporté à une date ultérieure.
« Exploration is really the essence of the human spirit ».
Astronaut Frank Borman
« L’exploration est vraiment l’essence de l’esprit humain. »
Alex Dimitrov, 1969, Poetry (2018) – traduction française par http://www.deepl.comThe summer everyone left for the moon
even those yet to be born. And the dead
who can’t vacation here but met us all there
by the veil between worlds. The number one song
in America was “In the Year 2525”
because who has ever lived in the present
when there’s so much of the future
to continue without us.
How the best lover won’t need to forgive you
and surely take everything off your hands
without having to ask, without knowing
your name, no matter the number of times
you married or didn’t, your favorite midnight movie,
the cigarettes you couldn’t give up,
wanting to kiss other people you shouldn’t
and now to forever be kissed by the Earth.
In the Earth. With the Earth.
When we all briefly left it
to look back on each other from above,
shocked by how bright even our pain is
running wildly beside us like an underground river.
And whatever language is good for,
a sign, a message left up there that reads:
"here men from the planet earth
first set foot upon the moon
july 1969, a.d.
we came in peace for all mankind".
Then returned to continue the war.
L'été tout le monde est parti pour la lune
même ceux qui ne sont pas encore nés. Et les morts
qui ne peuvent pas passer de vacances ici mais nous ont tous rencontrés là-bas
par le voile entre les mondes. La chanson numéro un
en Amérique était "En l'an 2525"
parce que qui a déjà vécu dans le présent
quand il y a tant de futur
qui continue sans nous.
Comment le meilleur amant n'aura pas besoin de te pardonner
et te débarrassera sûrement de tout
sans avoir à demander, sans connaître
votre nom, peu importe le nombre de fois
que tu t'es mariée ou pas, ton film de minuit préféré,
les cigarettes que vous ne pouviez pas arrêter,
l'envie d'embrasser d'autres personnes que vous ne devriez pas
et maintenant, pour toujours, être embrassé par la Terre.
Dans la Terre. Avec la Terre.
Quand nous l'avons tous brièvement quittée
pour se regarder d'en haut,
choqués de voir à quel point même notre douleur est lumineuse
qui coule sauvagement à côté de nous comme une rivière souterraine.
Et tout ce à quoi sert la langue,
un signe, un message laissé là-haut qui dit :
"ici les hommes de la planète Terre
ont posé pour la première fois le pied sur la Lune
juillet 1969, ap. J.-C.
nous sommes venus en paix pour toute l'humanité."
Puis nous sommes revenus pour continuer la guerre.
