Il m’a un jour été dit que mon expérience aux États-Unis ne pourrait pas être complète sans aller chez Cabela’s en étant habillée en vêtements de camouflage. C’était resté dans un coin de ma tête. Récemment, alors que j’étais sur l’autoroute, je me suis dit que c’était le moment ou jamais. Je n’avais pas de tenue de camouflage sous la main mais je n’étais pas en robe de cocktail non plus. J’ai donc pensé « You go, girl! » (‘Allez ma fille ! »), j’ai lancé la playlist d’Hobo Jim et je suis partie à la découverte d’un nouveau pan de l’Amérique.
J’en entends déjà murmurer « oh boy! » (« Oh mon Dieu ! »). Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi c’était une aventure plus qu’enrichissante.
Déjà, de quoi parlons-nous ? Cabela’s est une entreprise vendant des articles pour les activités en extérieur. De loin, Cabela’s est une histoire de succès à l’américaine : Richard Cabela acheté l’équivalent de 45 dollars de matériel de pêche en 1961. Il revenda ce matériel, l’entreprise était lancée et ne cessa de croître depuis. Cabela’s est donc un magasin de produits de pêche, randonnée, camping, … Ce n’est pas la seule chaîne de magasins sur ce créneau : il y a ainsi REI, une autre entreprise similaire. De part le type de produits vendus et vu de l’extérieur, ces chaînes sont plus ou moins assimilables à Decathlon ou au Vieux Campeur en France.


Rien de folichon, me direz-vous. Certes. Toujours est-il, qu’entrer dans un tel magasin, était pour l’Européenne que je suis une expérience en elle-même. Le dépaysement a commencé dès mon entrée dans le magasin, où j’ai été accueillie par un drapeau américain et par une pancarte demandant à tout porteur d’armes qui envisage de sortir ladite arme de son étui de la présenter au service clients. L’ambiance était posée.


Comme souvent aux Etats-Unis, l’espace infini est souvent ce qui surprend l’Européen. Le magasin Cabela’s que j’ai visité n’échappe pas à la règle. En témoigne les quads et les bateaux présentés en intérieur et le vaste choix de cannes à pêche :


C’est à ce moment que je me suis aperçue que le magasin n’est pas tout à fait comme en Europe. En outre, l’expérience a été renforcée par le rapport différent que les Américains ont avec la nature. La décoration consiste ainsi essentiellement en des animaux empaillés – ou des reproductions très réalistes d’animaux.



J’y ai interprété deux aspects de la vie américaine. Premièrement, le fait que la nature environnante est vigoureuse, glorifiée par son abondance, sa richesse et ses ressources. Les Etats-Unis ont ainsi instauré le premier parc national (ou tout du moins, les premiers espaces naturels protégés d’une utilisation humaine trop intensive) dès 1872. A contrario, les premiers espaces naturels protégés en Europe le seront après la Première guerre mondiale. La nature contribuerait ainsi au rêve américain. La nature serait un espace merveilleux indomptée, où tout individu pourrait vivre la même expérience que les pionniers. La décoration de chez Cabela’s évoquant la nature vigoureuse correspond aussi à une réalité : mes randonnées du dimanche sont souvent dans des zones dans lesquelles des ours sont actifs, entendre des coyotes la nuit est courant et tout ça, sans chercher forcément à aller se frotter à la nature la plus sauvage. Mais c’est un fait : la nature est plus indomptée aux Etats-Unis qu’en Europe.
L’autre point qui peut expliquer la décoration du magasin est que Cabela’s a une particularité : environ 20 % du chiffre d’affaires est dérivé de la vente d’armes, de munitions et d’articles assimilés pour la chasse. Ce fut, là aussi, une expérience. Des fusils, des pistolets et des arbalètes sont vendues chez Cabela’s. On trouve également de nombreux écriteaux décoratifs rappelant le Deuxième amendement de la Constitution américaine, qui est l’amendement autorisant les citoyens américains à posséder des armes.





Les panonceaux mentionant le Deuxième amendement ou sur lesquels se lisent des slogans comme « Règle de sécurité des armes numéro 1 : en avoir une [d’arme] » renvoient à un débat vif actuellement aux Etats-Unis qui est celui de l’interprétation du fameaux Deuxième amendement. Alors que certains y lisent un droit illimité et inaliéable pour chaque citoyen américain de porter une arme, d’autres souhaiteraient une lecture plus restrictive de la Constitution américaine.
La suite de mon tour dans les rayons a été en comparaison d’une ordinarité presque affligeante. J’ai cependant remarqué les vêtements enfants en camouflage et des insignes de shérifs, qui sont des fonctionnaires élus chargés de protéger la population et de faire appliquer la loi sur un territoire donné.



Le dernier rayon fut celui de la nourriture, dont la taille des contenants ne cesse de m’impressionner. Vous m’en direz tant sur l’Amérique, cette terre de démesure tellement attachante.

