« La conduite ici, c’est comme jouer à Mario Kart« , me déclara un jour un expatrié de longue date, gaillard qui pourtant ne donnait pas l’impression d’être intimidé par une voiture. Polie, j’ai souri et ai rejetté son assertion. Cependant, lorsque je me suis retrouvée à devoir endosser le rôle de monitrice d’auto-école car un Franco-Américain avec 30 ans de permis sur le dos m’a demandé comment maintenir une trajectoire sur l’autoroute, je me suis dit que l’image de Mario Kart n’était peut-être pas si fausse que ça.
Pouvant maintenant m’enorgueillir d’avoir parcouru un nombre honorable de kilomètres sur les routes américaines, m’étant même certains jours demandé si j’avais été routier dans une vie antérieure ou si j’étais destinée à devenir chauffeur de poids lourds dans une vie future, voici, pêle-mêle, des observations sur la conduite aux Etats-Unis :

La taille des infrastructures routières. Le pays a de l’espace, donc les infrastructures sont construites à l’échelle du continent. Les routes sont droites, droites, droites, elles se confondent avec l’horizon. On comprend pourquoi les voitures autonomes ont été inventées aux Etats-Unis. C’est absolument ce qu’il faut. Les infrastructures routières sont également larges. Très larges. Les autoroutes avec six voies par direction ne sont pas des exceptions. En ville, les rues avec trois voies par direction sont la norme.

On peut griller des feux rouges. Enfin, uniquement pour tourner à droite. En fait, on peut tourner à droite à un feu rouge sauf s’il y a un panneau l’interdisant explicitement. Mais quand même. Je dois avouer que je ne m’y suis pas encore adaptée. Donc soit je me fais klaxonner, soit je passe au feu rouge, dans mon bon droit, en ayant le sentiment de commettre un délit. Ca viendra. Les feux sont d’ailleurs placés de l’autre côté du carrefour, ce qui offre un bon confort de lecture, même pour la première voiture de la file. Ca peut aussi fortement prêter à confusion, surtout au début.

Le port de la ceinture de sécurité n’est pas obligatoire partout. La première loi concernant les ceintures de sécurité date de 1968. Il s’agissait d’une loi fédérale, amendée depuis, qui requiert toutes les sièges d’auto d’être équipés de ceintures de sécurité trois points. Mais le port de la ceinture est régulé au niveau des Etats, pas au niveau fédéral. Ainsi, rien ne vous oblige à boucler votre ceinture dans le New Hampshire, un Etat du Nord-Est des Etats-Unis. L’obligation de ceinture est aussi liée à l’âge : les moins de 13 ans n’ont pas l’obligation d’être attachés en Louisiane, par exemple. Dans d’autres Etats, comme le Wyoming ou le Nebraska, vous ne pouvez pas recevoir d’amende si l’absence de ceinture est votre seul tort. Si un policier vous arrête en excès de vitesse sans ceinture, vous aurez une amende. Si vous roulez uniquement sans ceinture, vous êtes bons. Dans le même élan, on pourrait aussi évoquer le fait qu’il est légal dans beaucoup d’Etat de rouler en moto sans casque si vous êtes âgés de plus de 21 ans, l’âge de la majorité. Ai-je précisé que la sécurité routière n’est pas terible terrible ici ? Par an, il y a 12 morts par 100 000 habitants à cause des accidents routiers aux Etats-Unis, contre 5 en France.

Denver, Colorado.
Les limitations de vitesse, parlons-en. Première observation : c’est un peu comme en Finlande, les vitesses sont assez basses mises en perspective avec la largeur des infrastructures et des distances à parcourir. Les autoroutes sont généralement limitées à 70 miles par heure (110 km/h), 80 miles par heure (130 km/h) dans les Etats les plus permissifs. En revanche, les panneaux de vitesse plantés le long des routes sont superbement ignorés par les automobilites. Il paraît que « les vitesses indiquées sont des suggestions » et qu’ « un excès de vitesse de moins de 10 miles par heure sur l’autoroute, ça ne compte pas » – 10 miles par heure repésentent tout de même, rappelons-le, 16 km par heure. Une broutille, quoi…
Les vitesses sont telles que je me suis même faite doubler par un convoi exceptionel alors que je roulais à 65 miles par heure sur une route limitée à 70 miles par heure. Oui, par un convoi exceptionel ! Le vrai convoi exceptionnel, avec voiture devant, voiture derrière et des drapeaux rouges sur le côté. Ils m’ont doublé et je me suis vraiment demandée si j’avais raté un panneau de limitation de vitesse (apparemment, non). (En outre, les limitations de vitesse pose une question fondamentale : pourquoi y a-t-il sur les voitures des compteurs indiquant jusqu’à 140 miles par heure si les routes sont, au grand maximum, limitées à 80 miles par heure ? Quel gâchis de place de cadrant !)
Source : merci Wikipedia !
On peut doubler par la droite. Et c’est tout à fait légal. Et il faut faire attention : en roulant tranquillement sur votre voie de droite, vous verrez parfois apparaître « sortie uniquement »… et vous voilà partis vers une nouvelle destination inconnue car les changements de voie de dernière minute ne sont pas les plus faciles. En fait, chaque bande est absolument indépendante. En Europe, la bande de droite est la plus lente, la bande de gauche la plus rapide. Ici, pas forcément. Chacun va à la vitesse qu’il veut dans la bande qu’il veut.

Les sorties sont surprenantes. On sort de l’autoroute autant à droite qu’à gauche. Parlons des sorties justement. Elles sont à peine signalées et leur espacement est à la taille du pays. Un panneau vous indique une aire de repos dans un mile. Puis, vous voyez l’aire. Et paf, vous avez raté votre sortie. Car, contrairement à l’Europe où vous avez les panneaux « sorties dans 500 mètres », ici, nada. La sortie est indiquée et c’est tout. Et si vous avez raté votre aire de repos, c’est balot. Car ce n’est pas rare de voir les aires de repos espacées de 70 km. Et même sur les routes de campagne, les arrêts sont difficiles. Les bas côtés sont souvent étroits et il y a assez peu de routes perpendiculaires. Je me suis un jour arrêtée sur un bas côté, apparemment, ce n’est pas ce qu’il faut faire. Bref, il faut calculer son coup.

Le marquage est de couleur jaune. Le jaune utilisé ici est le Pigment Yellow 10 pour les fans des nuanciers Pantone. Le jaune a été utilisé dès le début du XXème siècle comme couleur de marquage au sol. Dans les années 1960, les autorités américaines se sont interrogées sur l’opportunité de passer à la couleur blanche pour les marquages au sol. Cela n’a pas été retenu car le jaune est plus visible que le blanc, que le jaune est associé à un danger aux Etats-Unis et que le système ici est beaucoup basé sur le jaune. Les autorités se sont aperçus que passer de la couleur jaune à la couleur blanche aurait un coût énorme, notamment en terme d’éducation des utilisateurs de la route. Du coup, les lignes centrales sont restées de couleur jaune.

Au stop, premier arrivé, premier passé ! A une intersection avec des stops dans toutes les directions, les voitures passent par ordre d’arrivée. Ce qui donne des scènes assez courtoises où les différents conducteurs se disent « à toi le tour ! » Dans le même ordre d’idée, il y a parfois un feu avant de s’engager sur la voie d’insertion d’une autoroute. Ca permet de réguler le trafic lors des heures de pointe.

En fait, la conduite est assez relax aux Etats-Unis. Conduire ici est beaucoup plus souple qu’en France ou Allemagne. On fait des erreurs au début mais la fluidité du système rattrape pas mal de petits couacs. Il faut assimiler les deux règles non-négociables, à savoir se tenir à distance des bus scolaires (changer de rue si vous voyez un bus scolaire) et ne jamais, oh non jamais, se garer à proximité d’une borne incendie. Et après, tout roule !
