Il paraît que c’est par hasard que nous prennent les grands départs. Le pragmatisme, une volonté farouche de découvrir les Etats-Unis et une envie de supprimer le maximum de contingences m’ont amené à prendre la décision de conduire de Washington, D.C. jusqu’à Salt Lake City, dans l’Utah.
Le plan pour conquérir l’Ouest américain m’était donné par l’AAA, l’Association Américaine des Automobilistes. Sur le papier, tout était déconcertant de facilité : il convenait de rejoindre l’Interstate 80, l’I-80, et le suivre en allant tout droit. Littéralement tout droit. Pendant 3 350 kilomètres. Telle Phileas et Passepartout, j’allais courir après le temps et remonter deux fuseaux horaires. Pendant cinq jours.

(Source : TripTik Travel Planner, AAA).
Je me suis mise en route le lundi en fin de matinée avec le but d’arriver à Salt Lake City le vendredi en fin d’après-midi. La première étape a consisté à traverser la Pennsylvanie et une bonne partie de l’Ohio en frédonnant Isabelle Adjani (le moral à zéro en moins).

Suivre le plan d’attaque de l’AAA en restant sur l’I-80 est confortable : le GPS indique en début de matinée qu’il faut aller tout droit en restant sur l’I-80 pendant les prochains 520 kilomètres. Cependant, ne nous voilons pas la face, c’est assez monotone, même si les paysages sont magnifiques. Je me suis donc assez vite rendue à l’évidence qu’il est beaucoup plus intéressant et riche d’aller crapahuter sur les routes de campagne pour explorer l’Amérique, utilisant uniquement l’I-80 comme ligne de vie lorsque les conditions météo étaient mauvaises ou lorsque je devais trouver du carburant. Et c’est à partir de ce moment que les choses intéressantes ont commencé.
Les routes secondaires ont mené mon chemin vers Metz, dans l’Indiana, une charmante bourgade dont Metz l’originale n’a presque rien à envier. Généralement, le nom des bourgades et villes aux Etats-Unis ont été donné par des immigrants en fonction de leurs régions d’origine. Il était donc touchant de me retrouver à Metz en pensant que la probabilité était assez forte que la fondation de cette bourgade au beau milieu de l’Indiana ait quelque chose à voir avec notre bonne vieille ville de Metz.





Toujours depuis l’Indiana, j’ai pu admirer le Lac Michigan au crépuscule. Aller voir le lac Michigan était une décision spontanée prise sur une aire d’autoroute car « ça n’est pas loin« . Pourtant, et je le sais, le « pas loin » sur une carte américaine est toujours très trompeur. A titre d’exemple, la France et le Texas font à peu de choses près la même taille. Lire une carte américaine doit donc toujours se faire avec précaution. Ce n’était sûrement pas la décision la plus judicieuse car le détour a rallongé mon étape de plusieurs heures mais la beauté de la découverte justifiait beaucoup.


Continuant ma route dans l’Illinois, je me suis arrêtée à Moline, une ville dont le nom vient originellement du français « moulin » dans la « ceinture de rouille » (Rust belt) américaine. Au petit matin, j’ai pris mon petit-déjeuner face au Mississippi, sur lequel il y avait des canards mais point de crocodiles.






Après l’Illinois, je suis entrée dans l’Iowa. La journée passée dans l’Iowa a été riche en découvertes ; je suis passée par West Liberty, une petite bourgade :






Puis je suis allée me promener à Iowa City pour découvrir une ville dynamique. C’est aussi à Iowa City que j’ai dégusté un steak frit de poulet (chicken fried steak), qui comme son nom ne l’indique pas, consiste en une sorte de Schnitzel de boeuf. Cette recette est un apport des immigrants d’Europe de l’Est au XIXème siècle. Dans le Midwest, le chicken fried steak se consomme avec des galettes de pommes de terre, une omelette et du pain. De la confiture était aussi incluse dans le package mais j’ai choisi de superbement en ignorer la présence.






L’histoire de l’immigration aux Etats-Unis est encore très présente dans l’Iowa, notamment à Amana, où se trouvent les « colonies Amana ». Il s’agit d’une communauté idéaliste fondée au XIXème siècle par des immigrés allemands. Initialement basée sur des principes communistes (au sens littéral du terme), les revenus provenant essentiellement de l’agriculture. La communauté s’est adaptée avec le temps mais les racines germaniques sont encore très visibles. Un court instant, je me suis demandée si j’étais en Allemagne ou aux Etats-Unis :



Après l’Iowa, je suis partie à l’assaut des routes de campagne du Nebraska. A North Platte, j’ai visité la plus grande grande triage du monde et j’ai perçu que le monde commençait à changer. C’est aussi à North Platte que se trouve le ranch de Buffalo Bill et que le pays des cowboys commence.






Puis l’atmosphère a changé du tout au tout. Je suis littéralement entrée dans le monde des cowboys et des pionniers, comme dans les livres qui berçent les enfants avec des promesses de terres lointaines infinies à conquérir. Le Nebraska est l’Etat des trains longs de plusieurs kilomètres parcourant le pays, l’Etat des paysages à vous couper le souffle. Ce sont les Grandes Plaines qui s’étendent à perte de vue et qui semblent intrasèquement porter en elles la promesse d’abondance de l’Ouest américain. Je suis littéralement tombée sous le charme des paysages du Nebraska, au point que j’ai presque pleurée, émue par la beauté des paysages.






Enfin, la dernière étape du trajet a été le Wyoming et ses paysages enneigés tout droit tirés d’un conte. J’y ai eu un aperçu de la rudesse des hivers dans l’Ouest américain : il neigeait, les rafales de vent atteignait des pointes de vitesse à 65 km/h et même sur l’I-80, la chaussée était recouverte de verglas (« glace noire », comme on dit en Amérique du Nord) et d’amas de neige.



Et, finalement arrivée à ma destination, j’ai vu l’Utah, Salt Lake City et ses couchers de soleil à vous en couper le souffle :



Traverser le continent américain d’Est en Ouest est une des plus belles expériences qui m’ait été donné de vivre. Certains disent que le départ et l’aller de la route sont un moyen de toucher au sacré de l’existence. C’est peut-être vrai.

