Sur les écureuils américains

Depuis mon déménagement, j’ai la joie de voir des écureuils passer devant mes fenêtres tous les jours. Nous sommes devenus tellement proches que je les ai surnommés « Daisy » et « Jim » (dans la mesure où je ne sais pas distinguer les écureuils entre eux, l’attribution des noms est cependant très aléatoire et n’est absolument pas liée à un individu en particulier). Daisy et Jim ont passé le mois d’octobre à sculpter, à leur manière, la citrouille que j’avais creusée pour Halloween.

Daisy ou Jim en action sur ce qui reste de ma citrouille d’Halloween, octobre 2021.

Un jour ensoleillé d’automne, alors que je flânais sur le Mall en poussant mon vélo, un écureuil s’est intéressé d’un peu trop près à mon pneu avant. En regardant autour de moi, je me suis aperçue que des dizaines d’écureuils s’activaient frénétiquement partout. Diantre, me dis-je, que d’écureuils ! Je me suis donc penchée sur le pourquoi du comment des squirrels, les écureuils, dans les villes américaines.

Mon ami Google m’a d’emblée informée qu’il y a 10 espèces d’écureuil aux Etats-Unis (de vous à moi, sachant qu’il existe 200 espèces différentes d’écureuil à travers le monde, 10 me paraît peu). Les écureuils se trouvent dans tous les états américains.

Google m’a également appris que Benjamin Franklin (1706-1790), un des Pères Fondateurs des Etats-Unis, était un grand ami des écureuils. Benjamin Franklin exprima sa sympathie à une de ses amies qui venait de perdre Mungo, son écureuil de compagnie, en ces termes :

« Je regrette très sincèrement avec vous la fin malheureuse de ce pauvre Mungo : peu d’écureuils ont mieux réussi, car il avait reçu une bonne éducation, avait beaucoup voyagé et vu beaucoup de choses dans le monde ».

Benjamin Franklin, Lettre à Georgiana Shipley, 1772 (version complète disponible en ligne).

Si l’eulogie rédigée par Benjamin Franklin vous surprend, il faut savoir qu’au XVIIIème siècle, les écureuils étaient des animaux de compagnie populaires dans les foyers américains. Le tableau de Copley illustre cette omniprésence des écureuils auprès des enfants dans les milieux les plus aisés (ce blog parle des Etats-Unis mais, en cherchant bien, des modes similaires devaient être présentes en Europe ; Hans Holbein le Jeune a peint au XVIème siècle un Portrait de femme avec un écureuil et un passereau).

A Boy with a Flying Squirrel (1765)
John Singleton Copley (1738–1815), Museum of Fine Arts Boston.

Les écureuils ont quand même réussi à tracer leurs chemins jusqu’à la Maison Blanche. Les présidents Warren G. Harding (1865-1923) et Harry S. Truman (1884-1972) ont tous les deux possédé des écureuils – les deux écureuils étaient d’ailleurs nommés « Pete » (que ceux qui seraient tentés d’adopter un écureuil se ravisent : il est aujourd’hui illégal de les domestiquer).

Pete, l’écureuil du Président Harding, à la Maison Blanche (1922)
Library of Congress – LC-DIG-hec-42488.

La géographie nous renseigne également sur la place des écureuils aux Etats-Unis. Ainsi, il existe la ville de « Squirrel » dans l’Idaho et la « Squirrel Town » dans l’Ohio. Mais la créativité toponymique ne s’est pas arrêtée là. Nous pouvons trouver une profusion d’îles (« Squirrel Island »), de montagnes (« Squirrel Mountain »), de collines (« Squirrel Hill »), de lacs et d’étangs (« Squirrel Lake », « Squirrel Pond »), … A titre de comparaison, une recherche en français n’a abouti qu’à un seul résultat, à savoir un village québécois nommé « Les Ecureuils ».

En revanche, si Katherine Pancol a écrit Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi, les écureuils n’ont pas toujours été présents dans les villes américaines. Un chercheur de l’université de Pennsylvanie s’est intéressé à l’histoire des écureuils urbains. Il s’avère que l’homme a introduit les écureuils en milieu urbain, à Philadelphie pour être précise, au XIXème siècle afin de magnifier et rendre plus attractifs les parcs de la ville. Or, à la même période, les idées de Frederick Law Olmsted (1822-1903), un architecte-paysagiste, prenaient de l’ampleur. Frederick Law Olmsted prônait les vertus thérapeutiques de la nature en ville – il est le concepteur de nombreux parcs urbains dont Central Park à New York et le National Mall de Washington. Bref, les parcs se multipliaient dans les villes américaines et les écureuils aussi.

Un écureuil au National Mall,
novembre 2021.

La population adorait la présence de ces charmants animaux. En effet, nourrir les écureuils était vu comme un moyen d’apprendre les « bons » comportements aux enfants – et aux adultes. Ernest Thompson Seton, le fondateur des scouts, déclarait que nourrir les écureuils permettaient de contrebalancer les penchants à la cruauté des jeunes garçons. Ceci dit, la population nourrissaient tellement les écureuils qu’ils en devenaient gras au point d’en tomber des arbres. Les villes ont donc planté des arbres avec lesquels les écureuils pouvaient se nourrir afin de leur donner une autonomie alimentaire.

La lune de miel entre les écureuils et les humains a ensuite cessé : les écureuils se plaisaient tellement dans les villes qu’ils ont envahis les greniers et ont été perçus comme des nuisibles en concurrence avec les oiseaux. Depuis les années 1960, le postulat quant à la présence des écureuils a changé : portés par les mouvements écologistes, des lois sont apparues pour les protéger et les écureuils sont vus comme faisant partie intégrante de la biodiversité urbaine.

La prochaine fois que je verrai un écureuil dans Washington, je m’attendrirai sur la façon dont les humains et les écureuils co-existent chacun utilisant les mêmes espaces de manière différenciée afin de répondre à ses propres besoins. Et, à défaut de les admirer gambader dans les parcs de Washington, vous pouvez regarder des vidéos YouTube de courses d’obstacles d’écureuils (merci à Laura d’avoir attiré mon attention sur cette vidéo géniale) :

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